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L’ESG et ses défis : les clés de l’Histoire

Les informations ESG, demandées par les investisseurs et par les agences spécialisées dans la notation des différents piliers pourraient devenir un nouveau pan de la comptabilité, destiné à la société. Néanmoins, leur définition et organisation ne sont pas décrétées par un organisme tutélaire.

ESG, le grand bond dans l’Histoire

Des milliers de milliards d’Euros. C’est la taille des fonds gérés selon une approche « responsable », dans le monde, et en particulier en Europe où les évolutions réglementaires ont fortement accéléré le développement de ces investissements.

L’histoire des normes comptables, un guide éclairant face aux enjeux de la comptabilité ESG

La publication des comptes des entreprises est aujourd’hui considérée comme une évidence pour tout investisseur. Comment imaginer investir dans les titres d’une entreprise sans avoir la moindre idée de sa capacité à générer des résultats, sans pouvoir quantifier ses flux de trésorerie, ou sans connaître sa situation bilantielle ? C’est pourtant un acquis relativement récent, qui s’est essentiellement construit au cours des 100 dernières années.

C’est seulement à la fin du XIX° siècle qu’est né le besoin de partager des informations financières avec des parties tierces. En commençant par la communauté d’investisseurs.

La discipline comptable s’est ainsi considérablement enrichie au fil du temps et a évolué sous forme d’au moins 4 dialectes. A la comptabilité financière destinée aux pourvoyeurs de capitaux, s’est ajouté l’indispensable contrôle de gestion, permettant au dirigeant d’identifier et d’actionner les leviers internes à l’entreprise. La décision par les Etats de taxer les entreprises a conduit à la mise en place d’une comptabilité fiscale, distincte des états financiers, et qui ne pouvait plus être arbitraire ou soumise au bon vouloir des dirigeants. Enfin certains secteurs régulés, ou devant démontrer leur solvabilité, comme la banque, l’assurance ont le plaisir de maintenir un 4ème type de comptabilité selon des normes prudentielles, propres à leur métier, afin que leur autorité de tutelle les autorise à maintenir leur activité.

Néanmoins, aucune de ces règles n’est figée, elles continuent d’évoluer et leur objectif est de résumer des situations extrêmement complexes en les ramenant à des données quantifiées. Un chantier comparable est en cours avec les données ESG aujourd’hui, mais nous n’en sommes aux prémices.

Vers un cinquième dialecte ?

Les informations ESG, demandées par les investisseurs et par les agences spécialisées dans la notation des différents piliers pourraient devenir un nouveau pan de la comptabilité, destiné à la société. Néanmoins, leur définition et organisation ne sont pas décrétées par un organisme tutélaire.

Aujourd’hui, comme il y a un siècle pour les informations comptables, les données publiées reposent sur du déclaratif, dont la pertinence est discutable et qui comporte des risques d’erreurs méthodologiques, voire de tromperie. De premiers efforts de standardisation avaient déjà été entrepris par la Commission Européenne via la directive NFRD mais les indicateurs n’étaient pas suffisamment standardisés. Chaque entreprise était alors libre de sélectionner les informations et méthodologies de calcul pour chacun des thèmes imposés par la réglementation. La NFRD laissera bientôt place à la CSRD qui s’appliquera dès 2023 à un nombre plus important d’entreprises [1] pour standardiser davantage la donnée et rendre plus systématiques les audits. Le monde de l’ESG va devenir une formidable opportunité économique pour les cabinets d’audit.

Le capitalisme peut-il valoriser la vertu ?

De son côté le régulateur Européen met la pression sur l’industrie de la gestion d’actifs pour qu’elle standardise ses pratiques, améliore sa transparence, et adopte un langage commun. Cette valse de règlements successifs imposant des publications toujours plus denses ne doit pas faire perdre de vue l’objectif principal du régulateur : inciter les acteurs du capitalisme à flécher leurs capitaux vers des entreprises vertueuses.

La situation est inconfortable pour le monde de la finance, dont la mission est de financer l’économie, mais à qui il est demandé de ne financer qu’une partie de l’économie. Dans la vie réelle, les secteurs fortement émetteurs de CO2 sont toujours autorisés. Les pratiques sociales ou de gouvernance agressives restent légales, tant qu’elles respectent un certain cadre réglementaire, différent selon les pays. Le pouvoir manquerait il de courage, en demandant à la finance de jouer un rôle pour lequel elle n’est pas conçue ?

Il semble évident que la réglementation doit s’emparer des sujets de société essentiels. La finance a un rôle profond à jouer et la finance responsable peut précisément constituer l’antichambre d’un mouvement réglementaire de plus grande ampleur. Tout d’abord parce il est parfois difficile de se mettre d’accord sur ce qu’est un comportement positif ou nocif (débat sur l’énergie nucléaire par exemple, les Français la soutiennent alors que les Allemands y sont opposés). De plus, en l’absence d’une gouvernance mondiale, la nécessité de se coordonner entre états ralentit les velléités réformatrices quand elles existent.

La réglementation n’est pas toujours armée face à un problème sociétal flagrant et de nombreuses innovations doivent être stimulées pour faire apparaître les solutions de demain. Interdire le plastique ? C’est aujourd’hui impossible voire contreproductif pour la plupart des applications, mais les autorités peuvent par différents moyens récompenser les acteurs qui s’emparent de ce sujet, en inventant de nouveaux matériaux, en travaillant sur le recyclage et l’éco-conception, etc.

De manière plus globale, l’ESG est un soft power efficace, et sur certains sujets plus pertinent qu’une réglementation, puisqu’il encourage les entreprises à adopter de bonnes pratiques partout, y compris loin de leur pays d’origine. A l’heure de la mondialisation, l’ESG est une force de rappel contre les comportements toxiques menés à l’étranger et sur lesquels la réglementation du pays d’origine a peu de levier.

Face au risque de fausse piste, quelle bonne démarche pour l’investisseur responsable ?

Aujourd’hui, pour plaire aux agences, nombre de groupes cèdent leurs actifs problématiques (un champ de pétrole par exemple), pour retrouver ainsi la faveur des investisseurs, mais en soit, sur le terrain rien ne change car l’émission du CO2 ne s’arrête pas parce qu’on vend un actif polluant. A l’inverse d’autres innovations révolutionneront certaines pratiques comme l’indexation des taux d’intérêt d’un prêt sur certains critères ISR (green / social bonds).

Chez Amiral Gestion, nous considérons que du rôle des investisseurs dépend le dialogue avec les émetteurs des sujets de matérialité concernant leur activité, de bien comprendre les enjeux. Ils doivent encourager les entreprises à faire ce qui a du sens de manière concrète et à leur faire prendre conscience à quel point une controverse peut nuire à l’image de l’entreprise. Aussi, ils doivent apporter leur contribution à la construction d’un cadre normatif pertinent pour l’ESG de demain. Pour finir, ils doivent incorporer tous ces angles de compréhension dans leur appréciation globale de l’entreprise.

A ces conditions, l’investissement responsable prend tout son sens.

Raphaël Moreau 16 novembre

Notes

[1] La CSRD s’appliquera aux entreprises de plus de 250 salariés, ce qui fera quadrupler le nombre d’entreprises cibles (50 000 entreprises)

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