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L’Inde talonne la Chine

Selon Nick Payne, responsable des investissements pour l’équipe Jupiter Global Emerging Markets Funds, la domination de la Chine en tant que principal pôle manufacturier international pourrait toucher à sa fin, alors que les changements politiques et économiques favorisent l’Inde, son grand rival.

La pandémie de COVID-19 a mis en évidence les risques liés aux longues chaînes d’approvisionnement et à la méthode "juste-à-temps". La domination de la Chine en tant que centre manufacturier mondial est au cœur de cette stratégie. Les fermetures draconiennes permanentes imposées par Pékin continuent d’avoir un impact sur ces chaînes d’approvisionnement, de sorte que la recherche d’une alternative suscite de plus en plus de préoccupations. L’Inde apparaît comme le candidat clé pour remplir ce rôle dans le cadre d’une approche baptisée "Chine+1".

L’ascension inévitable de l’Inde

D’une certaine manière, le basculement des capitaux et des investissements de la Chine vers l’Inde semblait inévitable. Depuis la présidence de Donald Trump, le nationalisme chinois et américain et les menaces qui y sont associées se sont intensifiés. Cette situation a également été exacerbée par les événements géopolitiques de cette année : la guerre en Ukraine et les exercices militaires chinois autour de Taïwan. Place à l’Inde. En tant que démocratie, l’attrait du pays s’est amplifié par rapport à la position de plus en plus autoritaire de son voisin oriental, avec lequel il entretient déjà des relations tendues en raison de différends frontaliers. En outre, la base de connaissances et les avantages démographiques de l’Inde la placent comme la principale alternative à la Chine.

Dans ce contexte de tensions géopolitiques, les chaînes d’approvisionnement alternatives, en particulier dans les pays "amis", n’ont jamais été aussi importantes pour les entreprises occidentales. En fait, celles-ci ont déjà commencé à investir en Inde : Apple, par exemple, a récemment annoncé qu’elle fabriquerait l’iPhone 14 en Inde, avec l’intention de produire 25 % de ses appareils en dehors de la Chine d’ici 2025. L’Inde a également courtisé les entreprises manufacturières pour qu’elles s’installent dans le pays. Le gouvernement indien a déclaré publiquement sa volonté de renforcer la chaîne de valeur de l’industrie manufacturière, en proposant des avantages aux fabricants pour qu’ils mettent en place des installations de production.

L’effort d’autosuffisance de la Chine

En ce qui concerne la Chine, nous estimons que les autorités pourraient attiser les feux du nationalisme, car le président Xi cherche à conserver son éventuel troisième mandat au pouvoir. D’importantes ressources ont déjà été engagées pour le soutenir. Plus de 150 milliards de dollars, par exemple, ont déjà été consacrés à l’accélération de l’industrie chinoise des microprocesseurs, tandis que le 14e "plan quinquennal" de 2021 définit en détail les quatre piliers de la Chine pour une plus grande autosuffisance. En outre, le régime chinois est parfaitement conscient que la manipulation du dollar américain par le régime de sanctions américain fait courir à la Chine le risque d’être exclue des paiements internationaux ; pour un pays dont près de 75 % des créances sont facturées en dollars américains, cette perspective est effrayante.

Alors que la Chine se replie sur elle-même, l’Inde a saisi l’opportunité de la Chine+1 avec enthousiasme, en annonçant la campagne "Make in India" pour attirer les investissements. Les 10 milliards de dollars accordés à titre de subventions pour la fabrication de puces, par exemple, ont suscité l’intérêt d’entreprises allant de Singapour à Israël. Les avantages géopolitiques distincts de l’Inde ne font que gagner en importance. Plus les confinements imposés en Chine dureront et plus les investissements en Inde seront importants, plus le pays aura de chances d’en bénéficier à long terme.

Le phénomène ne date pas d’hier

Nous avons déjà assisté à des bouleversements des centres manufacturiers mondiaux par le passé. Tout d’abord, avec le Japon, lorsqu’il est devenu une puissance manufacturière dans la seconde moitié du 20e siècle et, plus récemment, avec l’essor des économies asiatiques de Singapour, de Taïwan et de la Corée. Si les coûts étaient sans doute plus importants, les transformations de ces plaques tournantes ont été effectuées sans grand bruit. Toutefois, aucune n’était aussi centrale pour l’industrie manufacturière mondiale que la Chine.

La transition des activités vers l’Inde peut en réalité se traduire par une situation dans laquelle le monde conserverait deux pôles de production clés, l’Inde et la Chine, pendant un certain temps. La Chine+1 en action. En dépit de changements significatifs dans le système mondial, l’économie actuelle de la mondialisation impose que le pôle de production le moins cher, en l’occurrence l’Inde, finisse par l’emporter. Les changements démographiques à venir en Inde - jeune, urbanisée et mobile - par rapport à la Chine - plus âgée, urbanisée et avec une classe moyenne développée - soutiennent également un changement inévitable en faveur de l’Inde.

Nick Payne 17 octobre

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