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Le choix des armes

Dans la nuit du 24 au 25 février, la Russie provoquait la sidération du monde occidental et du monde en général en lançant une offensive de grande ampleur contre l’Ukraine, à l’est du pays, dans des régions qui lui sont acquises, mais aussi au nord et au sud. Peu voire aucun analyste militaire n’avait envisagé une guerre d’une telle intensité ni le déploiement d’un dispositif aussi agressif.

Passé l’effet de surprise quant à la violence de l’attaque, d’aucuns doutaient de la capacité et de l’unité de la réaction d’une Europe cadenassée par ses approvisionnements d’énergie : exclusion de la Russie de la coupe du monde au Qatar par la FIFA, de l’Eurovision, relocalisation de la finale de la ligue des Champions…. les premières ripostes auraient pu prêter à sourire si le sujet n’avait pas été aussi grave.

Pourtant, dès le week-end, Europe et Etats-Unis se mettaient en ordre de marche pour un bataillon de mesures inédit, dont l’étendue provoqua elle aussi la sidération. Embargo sur certains produits et technologies, bannissement de SWIFT, mise en résolution de la filiale européenne de la plus grande banque russe, la SberBank, saisie des avoirs des oligarques et personnalités liées au président Poutine…. et surtout, gel des avoirs extérieurs en devises de la Banque Centrale de Russie. C’est la première fois qu’une banque centrale du G20 est sanctionnée, rejoignant le club des nations renégates avec la Corée du Nord, l’Iran ou le Venezuela.

Cette mesure est sans doute la plus forte puisqu’elle prive la Russie de l’accès à une partie de ses réserves de changes pour défendre sa monnaie. Le rouble a ainsi plongé au plus bas de son histoire récente. A 110 contre 1 dollar [1], il accuse une baisse de plus de 75% depuis la "réélection" de Vladimir Poutine en 2012. De même, la Bourse moscovite a sombré de 50% depuis ses points hauts d’octobre dernier.

Cette dévaluation et destruction de valeur hors norme vont pousser l’inflation à des niveaux extrêmes, forçant la banque centrale russe à augmenter ses taux à 20%, appauvrissant ainsi instantanément la population. Une riposte d’ampleur.

A terme, le modèle mercantile de la Russie à base de matières premières sera remis en cause. Avec un excédent commercial frisant les 200 milliards de dollars [2], un excédent budgétaire et un taux de dette sur PIB inférieur à 20%, les métriques économiques russes semblaient plus que solides. Elles se transforment en ligne Maginot si les réserves de changes ne sont plus accessibles.

Cela pourrait d’ailleurs faire réfléchir bon nombre de pays exportateurs : à quoi bon accumuler des réserves de changes si leur accès peut être coupé par les émetteurs de devises fortes en cas de conflit et donc de besoin ? La question se pose certainement à Pékin. La capacité à attirer des investissements étrangers est elle aussi mise sur la table : l’annonce de la sortie de BP du capital du géant pétrolier Rosneft, quoi qu’il en coûte, peut initier la retraite de Russie pour bon nombre d’entreprises occidentales.

La riposte européenne va donc bien au-delà de ce qu’on pouvait imaginer. Si à chaque crise importante, l’Europe trouve les moyens de se renforcer, de s’unifier en termes diplomatiques et de défense, ce sera déjà une grande bataille gagnée.

Olivier de Berranger 9 mars

Notes

[1] Au 2 mars 2022 à 16h00

[2] En 2021

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