Next Finance English Flag Drapeau Francais
Emploi Formation Rechercher

Les actions décotées ne sont pas toutes visibles à l’œil nu

L’investissement « value » est souvent associé aux banques ou aux compagnies pétrolières, mais si l’on regarde de plus près, les opportunités potentielles sont beaucoup plus variées. L’analyse de Simon Adler et Liam Nunn, Gérants actions Value chez Schroders...

L’investissement « value » repose en grande partie sur la théorie du retour à la moyenne et sur l’exploitation des biais comportementaux qui ont conduit à une mauvaise valorisation des actions par le marché. Les marchés boursiers sont imparfaits et, au fil du temps, certaines entreprises sont délaissées et évaluées en deçà de leur valeur intrinsèque. Lorsque leur valorisation revient à la moyenne, les investisseurs gagnent de l’argent.

Mais que désigne le terme « action décotée » ? Peut-être une banque ou une entreprise énergétique : bon nombre des entreprises de ces secteurs se négocient à des valorisations faibles. Toutefois, l’éventail d’opportunités va bien au-delà. Selon nous, plusieurs types de valeurs décotées se cachent aux yeux de tous sur les marchés actuellement.

La valeur cachée au Japon

Au Japon, la lenteur de la croissance économique et les rendements des actionnaires parfois médiocres ont conduit certains investisseurs à ignorer les opportunités potentielles. Mais nous avons étudié un grand nombre d’entreprises nippones et pensons qu’il existe des trésors cachés qui ne sont pas appréciés à leur juste valeur par l’ensemble du marché. De plus, les moteurs potentiels de ces actions sont indépendants des taux d’intérêt, de l’inflation ou d’autres considérations macroéconomiques.

En particulier, nous recherchons des sociétés dotées de bilans solides, d’un potentiel de retour à la moyenne des valorisations et dont les équipes dirigeantes s’efforcent d’améliorer la rémunération des actionnaires.

L’une de ces valeurs est Dentsu, une grande agence de publicité mondiale. Dans l’ensemble, le secteur de la publicité a connu un bouleversement, car les plateformes numériques comme Facebook ont pris de l’importance par rapport aux canaux publicitaires traditionnels. Mais le défi que ce changement représente est peut-être exagéré, et les agences s’adaptent au nouveau monde numérique. Pour Dentsu en particulier, nous soulignons que son siège social figure parmi les édifices de grande valeur de Tokyo et qu’il représente environ un tiers de la capitalisation boursière de l’entreprise.

Un autre exemple est Tokai Rika, spécialiste de la fabrication de ceintures de sécurité et d’affichages électroniques pour les voitures. Cela peut sembler assez plat et ennuyeux, compte tenu de l’énorme innovation qui se poursuit dans l’univers automobile, mais les voitures auront toujours besoin de ceintures de sécurité et d’affichages, qu’il s’agisse de véhicules à essence ou électriques.

Un troisième exemple est DeNA, opérateur de services mobiles et en ligne, y compris les jeux et le commerce électronique. La société peine à trouver de nouveaux jeux à lancer, mais l’arrivée d’un nouveau PDG pourrait contribuer à changer la donne.

DeNA possède également une licence pour les jeux de la marque Nintendo. Il s’agit d’un exemple clair d’une société japonaise axée sur la rémunération des actionnaires : DeNA a racheté 13 % de ses actions en circulation l’an dernier et est en train de racheter 8 % supplémentaires.

La qualité délaissée

Les valeurs de qualité sont identifiables par des caractéristiques telles que des revenus fiables et un important retour sur capitaux investis. Voilà de quoi se réjouir. Mais ces valeurs peuvent également être boudées par le marché, pour une raison ou une autre, et devenir des opportunités sous-évaluées.

Analysons le cas des compagnies pharmaceutiques. Sanofi, GlaxoSmithKline et Bristol Myers-Squibb sont toutes confrontées à des « falaises de brevets » (les brevets expirent, laissant place à la concurrence et risquant d’entraîner une forte baisse des revenus). Toutefois, ces sociétés ont suivi une méthode éprouvée par d’autres compagnies pharmaceutiques en investissant dans la refonte de leurs pipelines de produits, en remaniant leurs équipes dirigeantes et en employant des scientifiques de classe mondiale. Cela peut prendre du temps, mais nous pensons qu’elles peuvent découvrir de nouveaux médicaments pertinents.

Il existe également des entreprises de qualité qui font l’objet d’un malheureux concours de circonstances. Les brasseurs comme Molson Coors en sont un exemple. En Europe en particulier, la bière est généralement consommée dans des espaces ouverts au public (bars, événements sportifs) et les mesures de confinement ont entraîné un net recul de la demande, qui n’a pas été entièrement compensé par la hausse de la consommation des ménages. La levée des restrictions devrait susciter une reprise de la demande.

En outre, les entreprises de qualité ne sont pas à l’abri de faux pas. Par exemple, Bayer est le propriétaire de Monsanto, qui continue de faire l’objet d’un litige au sujet du désherbant Roundup. Du point de vue de l’investissement, les procédures judiciaires prolongées occultent les points positifs de l’entreprise. Il faut du temps et de la patience pour que ces problèmes soient résolus, mais ces difficultés temporairement marquantes finiront par se dissiper.

Les actions « tortue »

Un autre segment négligé du marché est celui des entreprises qui avancent « lentement, mais sûrement », comme les distributeurs alimentaires ou les valeurs des télécommunications. Leurs taux de croissance ne sont pas exceptionnels, mais elles peuvent s’avérer gagnantes à long terme. Ces deux segments ont connu une décennie difficile. Toutefois, nous pensons que, parmi ces valeurs, celles qui sont capables d’améliorer légèrement la croissance de leur chiffre d’affaires et de leur marge bénéficiaire, et qui se concentrent sur le rendement des actionnaires, peuvent présenter des perspectives intéressantes.

Cas de reprise

Un autre groupe se compose des entreprises qui ont connu une période difficile, une fois encore pour diverses raisons, mais qui ont pris les choses en main pour y remédier. Il existe de nombreuses opportunités d’investissement intéressantes dans des sociétés qui sont à des stades différents de leur redressement.

Royal Mail, une entreprise établie depuis 500 ans, qui opère toujours à une époque où le marché est centré sur l’innovation et le numérique, est assez avancée sur la voie de la reprise. L’essor des livraisons de colis depuis la pandémie l’a indéniablement avantagé. Toutefois, les entreprises doivent être en mesure de saisir les occasions dès qu’elles se présentent.

Royal Mail a récemment transformé sa relation avec ses collaborateurs. Nous pensons que cela peut profiter aux autres parties prenantes (clients, actionnaires), car de meilleures relations avec les employés sont la clé de l’efficacité et de la croissance potentielle des bénéfices.

Ne pas abandonner la valeur « perceptible »

Enfin, nous revenons sur les « vedettes » actuelles de l’investissement « value », à savoir les banques et les valeurs de l’énergie. Les banques ont été délaissées depuis la crise financière mondiale, ce qui confère au secteur des valorisations globalement attractives malgré les niveaux actuels des taux d’intérêt.

Les banques détiennent des niveaux de fonds propres record, ont passé une décennie à réduire le risque et, loin d’être la cause de la crise actuelle comme ce fut le cas pour la crise financière mondiale, font partie de la solution. Et si les taux d’intérêt devaient monter, ce serait une très bonne nouvelle pour le secteur.

Le deuxième secteur privilégié des investisseurs « value » est l’énergie. Les compagnies pétrolières sont confrontées à une menace structurelle importante et bien comprise, liée à la nécessité de décarboner les économies face au changement climatique.

Ironiquement, cela les a finalement contraintes à agir en faveur des actionnaires. Dans l’ensemble, les sociétés énergétiques font preuve de discipline en matière de dépenses, en se concentrant sur les coûts et en restituant du capital aux actionnaires. Il s’agit d’une combinaison qui, une fois mise en parallèle avec une éventuelle flambée des prix du pétrole, peut s’avérer très intéressante pour les actionnaires.

Ce qui précède n’est pas exhaustif, mais il montre que l’investissement de style « value » peut porter sur un ensemble très diversifié d’entreprises. Nombre d’entre elles sont des cas idiosyncrasiques dont les chances de succès sont indépendantes de celles des autres et des variables du marché dans son ensemble, telles que la trajectoire future de l’inflation.

Il est clair que l’investissement « value » a connu une décennie difficile et les défis auxquels sont confrontés des secteurs tels que l’énergie sont bien connus. Toutefois, pour les investisseurs prêts à regarder d’un peu plus près et à faire preuve de patience, nous pensons que des opportunités remarquables peuvent être décelées.

Liam Nunn , Simon Adler 5 août

Tags


Partager

Facebook Facebook Twitter Twitter Viadeo Viadeo LinkedIn LinkedIn

Commentaire
Publicité
Dans la même rubrique
Rubriques