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Les grands projets de Biden pour l’Amérique

Les programmes d’infrastructure sont économiquement nécessaires mais souvent politiquement sensibles. Le président Biden a peut-être trouvé le bon moment et le bon ton et semble utiliser la rivalité avec la Chine comme levier.

Le programme d’infrastructure du président Joe Biden est baptisé de manière révélatrice « Le plan américain pour l’emploi ». Les emplois sont toujours gagnants, tandis que les infrastructures semblent rapidement ennuyeuses et les chiffres sont rarement éloquents. Par exemple, que signifie réellement le fait que le taux d’investissement américain ne représente que la moitié [1] de celui de l’Europe ? Et un taux d’investissement en baisse [2], comme le montre notre "graphique de la semaine", n’est-il pas presque logique pour un pays industrialisé ? Les récits sont plus convaincants que les chiffres. Par exemple, un voyage en train au Japon ou en Suisse peut rapidement devenir une expérience instructive. Ou bien encore le souvenir de la rupture d’un barrage à la Nouvelle-Orléans et des grandes pannes de courant à New York ou, plus récemment, au Texas. Et de manière générale, les écoles et les hôpitaux, le réseau de communication à haut débit et l’approvisionnement en eau doivent être améliorés. Ce sont des déficiences que de nombreux Américains vivent au quotidien.

Biden évoque certains de ces échecs dans sa présentation du programme d’infrastructure [3] et, déplore presque par moments l’état de la nation. Mais il semble savoir que les projets d’infrastructure ne génèrent pas souvent beaucoup de succès politiques à court terme [4], même si le pays peut en bénéficier pendant des décennies, comme ce fut le cas après les grands programmes d’infrastructure des années 1950 et 1960. C’est peut-être la raison pour laquelle il va encore plus loin et fait intervenir la Chine : « Le Plan pour l’emploi américain est un investissement pour l’Amérique qui permettra de créer des millions d’emplois de qualité, de reconstruire l’infrastructure de notre pays et de donner aux États-Unis les moyens de concurrencer la Chine. »

En mentionnant la Chine de manière aussi proéminente, on pourrait atteindre plusieurs objectifs : Premièrement, la référence au pays dont le taux d’investissement dans les infrastructures est notoirement élevé illustre la manière dont l’investissement peut augmenter durablement la croissance potentielle d’un pays et peut le faire de manière significative. [5] Deuxièmement, le succès de la Chine pourrait également servir à apaiser certaines craintes de l’électorat concernant une plus grande intervention du gouvernement. Troisièmement, la mention de « l’adversaire stratégique » des États-Unis pourrait contribuer à rallier certains républicains et à encourager son propre parti à resserrer les rangs. Enfin, cela pourrait également souligner l’urgence concurrentielle du programme. Après tout, l’un des problèmes de ces grands projets est qu’ils ont tendance à provoquer des divisions au Congrès en raison des nombreux objectifs contradictoires qu’ils suscitent au sein des deux partis. Nous pensons que l’objectif de Biden sera d’éviter d’être pris en embuscade et de faire passer le programme au Congrès aussi rapidement que possible.

Le chemin risque néanmoins d’être semé d’embûches et de nécessiter de nombreux compromis. Mais Biden a plusieurs arguments en sa faveur à l’heure actuelle. Tout d’abord, les citoyens sont susceptibles d’accueillir l’injection d’optimisme du président après plus d’un an de morosité pandémique. Deuxièmement, on accorde actuellement relativement peu d’attention à l’augmentation de la dette. Troisièmement, le besoin d’investissement dans les infrastructures est évident. Et contrairement à ce qui s’est passé en 2009/10, suffisamment de projets sont susceptibles d’être prêts à démarrer. Le fait que le paquet de mesures soit axé sur la durabilité environnementale peut également constituer un atout supplémentaire.

Nous pensons que cela devrait non seulement plaire à l’aile progressiste de son parti, mais aussi suggérer que les États-Unis pourraient prendre l’initiative sur cette question. Par conséquent, nous pensons que la plupart des observateurs extérieurs de l’Amérique pourraient souhaiter son succès - mais peut-être pas son ou ses adversaires stratégiques.

Keven White 12 avril

Notes

[1] Selon le rapport sur la compétitivité mondiale du Forum économique mondial, 2019.

[2] Ou plutôt, après une relance des investissements, une courbe asymptotique.

[3] https://www.whitehouse.gov/briefing...

[4] https://www.nber.org/system/files/c... : " En somme, l’approche macroéconomique de l’investissement public apporte un soutien solide aux avantages à long terme des dépenses d’infrastructure. Toutefois, cette même approche soulève des questions quant à la pertinence de l’investissement dans les infrastructures et autres capitaux publics en tant que stimulus à court terme."

[5] Évidemment, de nombreuses recherches à ce sujet ont également été publiées aux États-Unis, par exemple Université du Maryland, 2014 : les investissements en infrastructures ajoutent jusqu’à 3 USD à la croissance du PIB pour chaque dollar dépensé.

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