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La guerre en Ukraine remet la gestion active à l’ordre du jour

Dans ce nouvel environnement, dont les contours sont encore mouvants et dont toutes les conséquences sont encore peu lisibles, l’agilité et la sélectivité devraient devenir des valeurs-phares pour tous les investisseurs. Finie l’époque bénie où il suffisait d’acheter un produit indiciel pour performer !

UN ŒIL SUR LA PLACE – Outre ses conséquences sur l’ordre économique mondial, l’invasion de l’Ukraine va accélérer la transition énergétique et forcer les investisseurs à plus de sélectivité.

La guerre en Ukraine bouleverse le monde et transforme de manière profonde l’ordre mondial construit patiemment après la deuxième guerre mondiale. Au dela des considérations stratégiques ou militaires - et quelle que soit l’issue du conflit, il paraît évident que cette guerre au cœur même de l’Europe va avoir des conséquences à long terme qui vont durablement modifier l’environnement auquel nous étions accoutumés depuis plus de trente ans. Et les investisseurs vont devoir s’ajuster.

Renversement de la globalisation

L’une des conséquences les plus profondes sera sans doute un renversement de la tendance à la globalisation et une forte diminution du commerce mondial. En effet, alors que ce conflit a clairement montré l’existence de blocs géostratégiques distincts, il y a fort à parier que les Etats vont tout faire pour réduire leur dépendance à l’étranger. Ils vont radicalement revoir leurs sources d’approvisionnement - une tendance déjà amorcée suite à la pandémie de COVID - et surtout rapatrier la production de biens indispensables dans leur proximité immédiate. Parallèlement, la compétition pour les ressources essentielles risque également de reconfigurer le monde en zones d’influences distinctes autour de grandes puissances patronnes et d’entraîner le passage d’un commerce à l’échelle mondiale vers des échanges limités à une seule région.

En route pour l’indépendance énergétique

Et cette crise a surtout montré des façon éclatante les inconvénients de notre dépendance énergétique vis-à-vis d’un petit nombre de pays fournisseurs (en l’occurrence la Russie pour l’Europe) et donc la nécessité accrue d’accélerer la transition énergétique vers une économie décarbonée. Alors que ce mouvement était déjà enclenché en Europe, la mise au ban de la Russie a clairement accentué la pression sur les gouvernements du monde entier, afin de parvenir à une indépendance énergétique que seule la migration vers des sources d’énérgie propres peut fournir.

Il est donc certain que les investissements dans ce secteur vont rapidement augmenter, de même que la course aux innovations technologiques permettant de le rendre plus concurrentiel avec les énergies fossiles.

L’accélération de cette tendance séculaire va ainsi donner le jour à une multitude de nouvelles possibilités d’investissement aujourd’hui encore insoupçonnées.

Des critères ESG à revoir

Par ailleurs, cette crise a démontré les limites extrêmes des politiques ESG qui ont été fortement bousculées par l’attitude agressive de la Russie. En effet, elle a remis sous les feu des projecteurs les questions légitimes des investisseurs sur les investissements dans tous les régimes autoritaires, en plus de la Russie qui s’est rapidement transformée en pariah soumis à une avalanche de sanctions. Dès lors, la question qui se pose est celle de savoir quelle position il faut adopter par rapport aux investissements dans d’autres pays sous le joug de régimes autoritaires qui ignorent les droits humains indissociables de nos valeurs. Après une focalisation sur le E des questions environnementales et énergétiques, la gestion ESG va sans doute devoir se pencher avec plus d’acuité sur les deux autres lettres, en particulier les critères sociétaux, et notamment le respect des valeurs universelles.

La gestion passive montre ses limites

Dans ce nouvel environnement, dont les contours sont encore mouvants et dont toutes les conséquences sont encore peu lisibles, l’agilité et la sélectivité devraient devenir des valeurs-phares pour tous les investisseurs. Finie l’époque bénie où il suffisait d’acheter un produit indiciel pour performer ! En effet, les plus grandes sociétés cotées ayant largement bénéficié de la globalisation et ayant donc dominé la cote ces 10 dernières années, les stratégies passives étaient progressivement devenues la coqueluche des marchés.

Aujourd’hui, il est fort probable que cette recette magique a fait son temps et que les investisseurs ne soient forcés à l’avenir de faire preuve de plus de discernement dans leur stratégies de placement.

Car si la gestion passive a pendant longtemps offert une solution satisfaisante à moindre coût, elle manque par définition de sélectivité et de jugement, que cela soit sur l’impact du nouvel ordre mondial sur la profitabilité des anciens gagnants de la globalisation ou bien sur les critères ESG que ces grands groupes appliquent dans des régimes autoritaires.

Le nécessaire retour de la sélectivité

De fait, la gestion passive repose essentiellement sur l’idée qu’investir dans un quelconque indice est plus profitable et moins coûteux que de recourir à une gestion active. Il faut avouer que, alors que de nombreuses maisons de gestion active sous-performaient régulièrement leur indice de référence, ce postulat de l’investissement à moindre coût semblait validé par l’expérience. Si on peut largement discuter du biais des études qui confirment cet état de fait (biais de sélection, de taille et de style), tel n’est pas le propos ici. Par contre, à l’avenir, avec l’émergence d’un monde plus fragmenté, et donc moins globalisé, il sera beaucoup plus difficile de réussir en applicant une stratégie aussi indiscriminée, focalisée sur les plus grosses sociétés cotées. Cela risque d’être vrai autant pour la performance des différentes stratégies que pour les critères de gouvernance que les épargnants veulent désormais voir appliquer à la sélection des valeurs dans leurs portefeuilles.

Après une longue période d’obsession quasi-maladive sur les coûts de la gestion plutôt que sur la performance nette de frais, on pourrait bien voir l’analyse fondamentale et la gestion active fondée sur des vrais choix retrouver un lustre terni depuis quelques années. En quelque sorte, ce serait un retour aux vraies valeurs – dans tous les sens du terme !

Jean Keller 14 avril

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