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Le fonds souverain norvégien : instrument de soft power ultime ?

A l’occasion de la tribune « Les Etats scandinaves, futurs champions du « soft power » ? » parue fin 2019 dans Les Echos, j´avais souligné les nombreux atouts dont disposent les pays scandinaves pour influencer le comportement d’autres pays lors des prochaines décennies.

Depuis, la crise pandémique n’a fait que renforcer l’avantage comparatif du modèle de croissance scandinave : administrations efficaces, entreprises agiles, investissements massifs dans la transition énergétique, etc.

Mais un évènement passé presque inaperçu au milieu de l’épidémie COVID-19 mérite qu’on s’y attarde compte tenu de son impact sur le « soft power » nordique : la nomination à l’été 2020 de Nicolai Tangen, d’ailleurs très critiquée dans son processus, comme nouveau dirigeant du fonds souverain norvégien.

Issu de l’industrie londonienne du hedge fund et doté d’une fortune personnelle de 660 MEUR, Nicolai Tangen diffère radicalement de son prédécesseur au profil académique, pur produit de la promotion interne.

Très visible sur les réseaux sociaux, Nicolai Tangen a pour ambition de développer et de faire mieux connaitre les initiatives du fonds sur un certain nombre de « valeurs nordiques » typiquement liées à l’ESG.

Fondamentalement, le fonds norvégien envisage de jouer un rôle de plus en plus actif en tant qu’actionnaire (il détient en moyenne 1,5% de toutes les sociétés cotées dans le monde). Et il a des attentes sur tous les sujets ESG : rémunération des dirigeants, diversité dans la composition des conseils d’administration, manière dont les entreprises rendent compte de leur engagement en matière de transition énergétique et de sustainability, qualité du dialogue social, etc.

Le plus visible a été l’annonce du fonds de publier ses intentions de vote cinq jours avant les 12 000 assemblées générales auxquelles il participe en moyenne par an. Ce qui devrait en faire l’une des voix les plus importantes en matière de gouvernance d’entreprise (gageons que les spécialistes de l’investissement passif ne tarderont pas à construire un indice éthique exploitant les recommandations de l’établissement norvégien pour en faire un ETF ESG).

Cette décision répond à un objectif très scandinave de transparence selon Nicolai Tangen plutôt que l’expression d’un activisme caractéristique de l’univers des hedge funds dont il est issu.

La part des femmes dans les organes de direction est un autre exemple. En 2008, la Norvège a été le premier pays au monde à introduire un quota dans les conseils d’administration, en décidant que les entreprises publiques devraient avoir au moins 40% de chaque sexe.

Le fonds souverain a quant à lui formulé son point de vue sur l’égalité des sexes en 2018, mais c’est seulement en 2021 que le fonds a publié son « position paper » sur la diversité des conseils d’administration selon laquelle les administrateurs devraient avoir une « diversité de compétences et de parcours » et si les femmes avaient moins de 30% de représentation au conseil, les entreprises devraient évaluer leurs objectifs de diversité et rendre compte des progrès. Son prédécesseur avait considéré en son temps que ce genre de quota pouvait comporter une dimension par trop politique. A présent, la responsable de la gouvernance du fonds - Carine Ihenacho - met plutôt en avant les bénéfices liés à la diversité au sein des entreprises. Il est vrai que Nicolai Tangen présente les exigences / recommandations ESG du fonds comme visant à accroitre les rendements du portefeuille.

Finalement, nourri de « valeurs nordiques », cet engagement ESG porté par Nicolai Tangen et ses prédécesseurs contribue au « soft power » scandinave sur la scène internationale. Et de quelle manière ! Dans le domaine de l’ESG, le fonds exerce d’ores et déjà un réel leadership au sein du club très exclusif des fonds souverains. Au niveau des entreprises elles-mêmes, l’établissement norvégien dispose d’un pouvoir d’influence avec un niveau de granularité incomparable : le fonds est investi dans près de 9200 entreprises dans plus de 70 pays.

Nicolai Tangen a récemment indiqué que le fonds devrait vendre davantage d’entreprises qui obtiennent de mauvais résultats en matière d’ESG et/ou qui manquent de focus stratégique visant à améliorer leur performance à long terme. Une nouvelle dynamique décomplexée pour un investisseur largement perçu jusqu’alors comme étant un fonds quasi indiciel.

Mais peut-on encore parler de « soft power » financier dans ces conditions ? Les prochaines années nous apporteront un début de réponse sur la nature exacte - « soft » ou « hard » - du pouvoir d’influence du fonds souverain norvégien.

Michel Prouteau 4 juin

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