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Les indices climatiques : une simplification illusoire et dangereuse

Depuis les Accords de Paris en 2015, le plus grand défi de notre génération est bien connu : interrompre le réchauffement climatique avant que ses conséquences sur la planète ne soient irréversibles. La cause principale de ce réchauffement est acceptée : les émissions de gaz à effet de serre (GES), principalement le CO2...

Depuis les Accords de Paris en 2015, le plus grand défi de notre génération est bien connu : interrompre le réchauffement climatique avant que ses conséquences sur la planète ne soient irréversibles. La cause principale de ce réchauffement est acceptée : les émissions de gaz à effet de serre (GES), principalement le CO2. Pour respecter les Accords de Paris, Il faut éliminer ces émissions de GES d’ici 2050.

Depuis plusieurs années, les gouvernements, les entreprises et les acteurs financiers annoncent des objectifs de réduction de leurs GES d’ici à 2030. Pour des raisons de communication, chaque acteur cherche à afficher l’objectif le plus ambitieux possible… les promesses n’engagent que ceux qui les croient. Devant cette multitude d’informations, il est difficile de savoir vers qui se tourner si l’on veut investir en participant à la lutte contre le réchauffement climatique.

En 2020, le régulateur a souhaité répondre à ce besoin en créant des indices climatiques alignés sur la trajectoire des Accords de Paris, les « Paris Aligned Benchmarks ». Ces indices vous promettent que les entreprises sélectionnées ont non seulement une intensité des émissions de GES moitié moins élevée que celle de l’économie en général mais aussi que cette intensité baissera de 7% par an. C’est une proposition très séduisante : sans rien faire, on se donne bonne conscience en investissant son argent dans des fonds qui suivent ces indices.

Comme souvent, les solutions qui semblent trop belles pour être vraies sont effectivement fausses. C’est le cas de ces indices climatiques. Tout d’abord leur objectif porte sur une réduction de l’intensité des émissions de GES alors que la planète a besoin d’une réduction absolue des émissions. Ces indices peuvent donc remplir leur promesse alors que le montant absolu des GES monte et que le réchauffement climatique s’aggrave.

Ensuite, pour promettre une intensité d’émissions inférieure de moitié à l’économie dans son ensemble, ces indices excluent la plupart des entreprises actives dans le charbon, le pétrole, le gaz naturel ainsi que les utilities dont l’intensité carbone est supérieure à 100 gCO2/KWh. Les secteurs les plus émetteurs de GES peuvent donc continuer à émettre autant, voire plus, sans que cela n’ait d’incidence sur la promesse des indices climatiques, une aberration.

Enfin, pour tenir la promesse d’une réduction de l’intensité des émissions de 7% par an, les gestionnaires de ces indices construisent des algorithmes qui optimisent le poids des entreprises en fonction de leurs émissions. En « assemblant le puzzle différemment », il est ainsi possible de tenir cette promesse sans qu’aucune entreprise de l’indice ne baisse son intensité de 7% par an, encore moins ses émissions absolues.

Pour résumer, ces indices climatiques, en voulant trop simplifier les choses, avancent des promesses qui sont trompeuses. En suivant ces indices pour se donner bonne conscience, l’investisseur se cache les yeux et se bouche les oreilles pour ne pas voir le problème. C’est un comportement dangereux car il retarde la gestion efficace du réchauffement climatique.

A l’opposé, pour l’investisseur responsable et clairvoyant, affronter la réalité en face est la seule solution. Il faut s’engager auprès des sociétés, encore plus auprès des plus émettrices, pour les pousser à se réinventer et à accélérer la réduction de leurs émissions. Pour cela il ne faut pas utiliser un indice fictif mais la boîte à outil du vrai actionnaire : le dialogue, le vote et le dépôt de résolution. Jamais la présence de gérants actifs, investis et engagés n’a été aussi importante.

Laurent Chaudeurge 21 novembre

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