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Les pays émergents sont-ils les maillons faibles de l’économie mondiale ?

Avec la hausse des taux d’intérêt, la montée du protectionnisme et le ralentissement de l’économie chinoise, les pays émergents sont confrontés à une remise en cause de leur modèle de croissance. L’hypothèse d’une possible crise des pays émergents est avancée comme cela avait été le cas en 1997. Si le contexte est en partie semblable, la situation économique de ces pays est différente.

Les pays émergents sont aujourd’hui négativement affectés par la hausse des taux d’intérêt (les taux américains à 10 ans sont passés de 1 à 3 % de 2020 à 2020) et par l’appréciation du dollar qui en a résulté. Ils doivent subir des sorties de capitaux et une dépréciation de leur devise (20 % en moyenne depuis 2019 hors devise chinoise). En parallèle, de nombreux pays émergents profitent de la hausse des prix des matières premières et de l’énergie dont ils sont exportateurs. La balance commerciale de ces pays (hors Chine) s’améliore depuis deux ans. Certains pays asiatiques bénéficient également des mesures prises à l’encontre de la Chine au niveau commercial. Ils exportent en outre d’avantage vers la Russie du fait de l’application des embargos par les Occidentaux.

Malgré l’amélioration de la balance commerciale, les marchés financiers ont une opinion négative aujourd’hui de la situation des pays émergents, cette opinion se traduisant par une hausse des primes de risque. Le CDS souverain à 5 ans pour les pays émergents hors Chine a doublé entre 2020 et 2022. Les taux d’intérêt sur les dettes des pays émergents en monnaie nationale sont également en progression.

En moyenne, le taux à 10 ans sur les emprunts d’État (pays émergents hors Chine) dépassait 7 % au mois d’août 2022, contre moins de 5 % en 2020. Depuis le début de l’année, les indices boursiers des émergents sont en repli.

Les pays émergents ne constituent pas un bloc homogène. La hausse des taux d’intérêt en monnaie nationale est importante au Brésil, au Pérou, au Mexique, en Turquie, en Égypte, en Inde, aux Philippines, en Tunisie, en Corée, en Thaïlande ou au Pakistan. Elle est, en revanche, faible en Argentine, au Chili, en Afrique du Sud, au Maroc, en Indonésie, au Vietnam ou en Malaisie. L’Argentine, l’Afrique du Sud, le Vietnam, la Malaisie ont à la fois un excédent extérieur et des avoirs extérieurs. Le Mexique, la Turquie, l’Égypte, l’Inde, les Philippines, la Tunisie et le Pakistan ont à la fois un déficit extérieur et une dette extérieure. Le Pérou et le Chili ont une dette extérieure importante quand la Thaïlande et l’Indonésie ont un déficit extérieur très important.

Dans 15 cas sur 18, la hausse des taux d’intérêt est cohérente avec la situation du commerce extérieur et de l’endettement extérieur de chaque pays. Les anomalies frappantes sont le Brésil (excédent extérieur et forte hausse des taux d’intérêt quand les taux sur le dollar montent), et le Maroc (déficit et dette extérieurs et absence d’écartement des taux d’intérêt).

Les pays les plus fragiles sont le Maroc, le Pakistan, la Tunisie ou l’Égypte. À l’opposé, la Malaisie, l’Afrique du Sud, le Brésil ou le Vietnam sont dans une situation plus confortable. Compte tenu de la sophistication croissante des économies émergentes, leur vulnérabilité, sauf pour les pays les plus pauvres, est moindre en 2022 par rapport à leur situation de 1997. Les États, en particulier ceux d’Afrique du Nord qui dépendent des importations céréalières, sont plus fragiles que les autres.

Philippe Crevel 13 septembre

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