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Pierre Chabrol : « L’ISR se porte bien en France »

Selon Pierre Chabrol, Chef du bureau Épargne et Marchés financiers à la Direction Générale du Trésor et porte-parole du label ISR, cet essor correspond d’abord à la prise en compte grandissante des critères ESG par la gestion financière, au développement des méthodologies et des ressources en la matière...

Next-Finance : Comment se porte l’ISR en France ? Quel bilan chiffré faites-vous de l’année 2020 ? Est-ce que la crise du covid-19 a accéléré la conversion des fonds à l’ISR et avez-vous vu une hausse des demandes de labellisation ?

Pierre Chabrol : L’ISR se porte bien en France. L’année 2020 a été une année de développement important pour le label. A fin 2020, on compte désormais 656 fonds labelisés contre 367 fonds au 31/12/2019.

Cet essor correspond d’abord à la prise en compte grandissante des critères ESG par la gestion financière, au développement des méthodologies et des ressources en la matière et à une demande sans doute forte du côté des investisseurs et des épargnants. J’ajoute que les incitations réglementaires via la loi Pacte ont sans doute également joué un rôle (obligation de référencer des fonds Iabellisés ISR dans les offres UC des assurances vies et de l’épargne salariale). Ces différents facteurs peuvent expliquer la conversion des fonds à l’ISR mais aussi la hausse des demandes de labellisation.

2020 a donc vu les premiers labels ISR obtenus par des fonds immobiliers. Pourquoi avoir permis la labellisation de ce type de fonds ?

Cette labellisation est très récente (l’arrêté élargissant le label ISR aux fonds immobiliers date de juillet dernier et son entrée en vigueur d’octobre dernier). A ce jour, 13 fonds immobiliers détenus par 9 sociétés de gestion différentes ont été labellisés ISR. Cela représente un encours global minimal de 7,7 milliards d’euros.

Certains détracteurs du label ISR lui reprochent d’être attribué trop facilement, de ne pas avoir assez de consistance, notamment au regard des critères ESG. Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous nous rappeler la méthodologie du Label ISR ?

Le label ISR vise avant tout à s’assurer que les méthodologies utilisées par les sociétés de gestion en matière d’analyse ESG de leurs portefeuilles sont fiables et robustes. Mais, ce n’est pas une méthodologie standard imposées à tout le monde ; c’est plutôt un ensemble d’exigences qui constituent une obligation de moyens de la part des sociétés de gestion qui sont candidates à la labélisation ISR. Le label en revanche ne garantit pas que les sociétés de gestion labélisées ISR sont en mesure de garantir un impact directement et aisément mesurable de leurs investissements.

En termes de méthodologie, Le label ISR est attribué au terme d’un processus strict de labellisation mené par des organismes indépendants certificateurs, eux-mêmes accrédités par le COFRAC.
Pierre Chabrol, Chef du bureau Épargne et Marchés financiers à la Direction Générale du Trésor et porte-parole du label ISR

Certains investisseurs se plaignent de la difficulté à appréhender les différents labels ISR, que ce soit au nouveau français ou européen. Si on veut accélérer la conversion de la finance « classique » vers une finance plus responsable, ne faudrait-il pas fusionner ces labels ou du moins les harmoniser ?

Le label ISR est le 1er à avoir été créé au niveau européen. Pour l’heure, il n’existe pas de projets pour fusionner les différents labels en Europe. En revanche, nous essayons de nous inspirer des meilleures pratiques pour maintenir notre avance.

Les gérants de fonds ISR se concentrent principalement autour du thème environnemental sur les critères ESG, l’Etat pourrait-il encourager un rééquilibrage vers davantage de problématiques sociales et de gouvernance ?

Oui, mais il faut garder à l’esprit qu’il est plus facile de mettre en place des méthodologies liées à la thématique de l’environnement pour les sociétés de gestion car les référentiels et les méthodes d’évaluation, les normes et les standards que les sociétés de gestion peuvent utiliser dans leurs analyses sont aujourd’hui sans doute plus nombreux et plus établis dans ce domaine que dans les autres domaines, notamment en matière sociale et sociétale.

Quid du Greenwashing ? Lors d’une étude récente (décembre 2020), la société Axylia révélait que sur l’échantillon étudié, 4% des fonds avaient un score ESG inférieur à leur indice de référence, alors que 13% des fonds avaient des émissions de CO2 plus élevées que l’indice et, 14% avaient une part d’énergies fossiles supérieure à l’indice de référence (qui n’intègre pourtant aucune exigence ESG). Comment est-ce possible et comment corriger cela ?

Notre objectif est d’éviter le Greenwashing. Cependant, je tiens à préciser que les pourcentages de fonds dévoilés par cette étude restent très faibles, et heureusement. Pour l’heure, il n’existe pas d’exclusion sectorielle dans le label ISR, mais cela pourrait tout à fait être envisagé. D’ailleurs, dans la pratique, de nombreuses sociétés de gestion ont d’ores et déjà mis en place des politiques d’exclusion maison.

Pour l’heure, il n’existe pas d’exclusion sectorielle dans le label ISR, mais cela pourrait tout à fait être envisagé. D’ailleurs, dans la pratique, de nombreuses sociétés de gestion ont d’ores et déjà mis en place des politiques d’exclusion maison.
Pierre Chabrol, Chef du bureau Épargne et Marchés financiers à la Direction Générale du Trésor et porte-parole du label ISR

Quid des évolutions récentes du label ISR sachant que l’Inspection générale des finances devait remettre un rapport sur les améliorations possibles du label ISR fin novembre 2020 ?

Ce rapport a été remis à Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, des finances et de la relance en décembre dernier. Pour l’instant, je ne peux pas vous en dire plus mais il s’agit de proposer des pistes de modernisation dans les mois qui viennent. Par exemple, l’une des premières propositions est de réfléchir à une réforme de la gouvernance.

Peut-on aller encore plus loin dans l’attribution du label ISR, en passant d’une approche ex-ante à une approche ex-post sur les process ESG déployés par les gérants d’actifs ?

Oui même si, aujourd’hui, la logique du label est une approche ex-ante : l’examen des moyens et des méthodes mises en place par les sociétés de gestion pour procéder à une analyse sérieuses de leurs portefeuilles du point de vue de critères ESG. La version 2 du cahier des charges du label ISR (publié en juillet dernier) fait un pas dans le sens de la démonstration des effets ex-post d’une gestion ESG en prévoyant que les sociétés de gestion choisissent deux critères ESG sur lesquels elles doivent être capables de démontrer une meilleure performance de leur portefeuille par rapport à un point de départ.

RF 11 mars

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