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Sanctions contre la Russie et hausse des cours des matières premières : Quel impact sur les actions européennes ?

Les sanctions visant la Russie cherchent à isoler le pays du commerce international et de la finance mondiale. En rétorsion, la Russie devrait réduire ses exportations de plusieurs matières premières, surtout énergétiques et agricoles...

En Europe, les banques, les compagnies aériennes et de cargo aérien et l’agro-alimentaire sont les secteurs les plus à risque suite à la crise géopolitique. Les producteurs d’énergie, les services publics, les ressources de base, le transport maritime sont susceptibles d’être moins impactés par la crise

QUELLES SONT LES PRINCIPALES SANCTIONS CONTRE LA RUSSIE ?

L’UE a banni les médias d’état russes d’émission sur son sol, l’espace aérien européen est fermé à tous les avions russes, un embargo a été imposé sur certains produits technologiques, les actifs des oligarques russes détenus à l’étranger (60% de leurs fortunes seraient hors des frontières russes) ont été saisis et consignés. Deux mesures sont particulièrement importantes :

  • les avoirs de la Banque centrale russe à l’étranger vont être gelés : la décision des occidentaux de geler ses avoirs en dollars, euros, sterlings ... en interdisant les transactions financières avec la banque centrale réduit considérablement son pouvoir de soutien de l’économie. La Banque centrale russe peut en théorie encore vendre ses yuans (14% des devises de la Banque Centrale de Russie) ou son or (23% de ses réserves) à la Banque de Chine, mais quelle sera la réaction de cette dernière ?
  • plus de 70% des 300 banques russes vont être exclues du réseau SWIFT. SWIFT est le plus grand système de traitement bancaire au monde, utilisé par 6’600 institutions financières par lequel la plupart des transferts est effectuée. Cette interdiction coupe de facto les banques russes du commerce international - l’Iran, qui a subi les mêmes sanctions en 2012, a vu son commerce international s’effondrer de 30%. 55% des exportations russes s’effectuent en dollars, 28% en euros.

La Russie est ainsi de plus en plus isolée sur le plan commercial et financier, de ce fait son économie devrait subir un effet dépressif de ces sanctions.

QUEL IMPACT SUR LES MATIERES PREMIERES ?

Moscou a pris des contre-mesures en interdisant le survol de son territoire par les sociétés aériennes européennes et en réduisant ses exportations de matières premières. Vu le faible poids économique mondial de la Russie (1.5% de l’économie mondiale), les matières premières sont une de ses seules armes économiques. La Russie représente 40 % des importations européennes de gaz et 25% de ses importations de pétrole ; elle est également exportatrice d’autres matières premières telles que les engrais azotés, le palladium, le cuivre, le nickel, la potasse et l’aluminium. L’Ukraine et la Russie sont aussi de gros exportateurs de céréales, par exemple 29% du blé mondial.

De ce fait, le cours du Brent a progressé de +9% depuis mercredi 23 (avant l’invasion), le gaz naturel européen de +19%, le palladium de +9%, le cuivre de +1%, le blé de +11%, le maïs de +5%.

QUELLE A ÉTÉ LA RÉACTION DES MARCHÉS RUSSES ?

Le marché actions russes et le rouble ont connu des chutes massives en début de semaine et le prix des obligations des émetteurs russes a chuté considérablement suite à un assèchement de la liquidité, ne laissant nulle autre alternative aux investisseurs que de conserver les positions pour le moment. Pour les obligations, les banques étatiques (VEB, VTB, Sovcombank, Sberbank) se retrouvent dans l’incapacité d’émettre depuis les marchés internationaux. La Banque Centrale de Russie a élevé son taux directeur de 9.5% à 20%.

Les mesures adoptées par la Banque Centrale de Russie et le ministère des finances russe pour freiner la dévaluation du rouble sont l’obligation pour les sociétés exportatrices (sanctionnées ou non) de convertir en rouble 80% des rentrées en devises majeures, et un contrôle des capitaux visant à empêcher la sortie de ces devises du pays. Cet ensemble de mesures peut en théorie entraver le service de la dette même si nous pouvons nous attendre à ce que le paiement des coupons et le remboursement des obligations soient facilités par les autorités.

QUELS SONT LES SECTEURS EUROPEENS LES PLUS à risque suite à la crise géopolitique ?

Les banques, les compagnies aériennes et l’agro-alimentaire sont les secteurs les plus à risque :

  • Les banques sont exposées à la révision à la baisse de la croissance en Europe (nos économistes ont abaissé leur prévision de croissance de 4.4 à 4.2%) et à l’interdiction pour les banques russes d’accéder à SWIFT. Egalement, les incertitudes des impacts sur l’économie européenne poussent les marchés à réduire leurs anticipations de hausses de taux de la BCE, ce qui impacte également les prévisions de revenus des banques européennes. Les banques les plus exposées sont Raiffeisen, Société Générale, Unicredit, Intesa et ING.
  • Les producteurs alimentaires, de boissons et de produits ménagers sont vulnérables à la hausse des prix des matières premières, alors que leur pouvoir de fixation des prix est limité. L’embouteilleur Coca-Cola Hellenic et les producteurs de bière sont les plus touchés par la hausse des prix des canettes, tandis que les producteurs de chocolat, ayant un pouvoir de fixation des prix plus important, tels que Lindt et Barry Callebaut, devraient être plus immunisés.
  • Le transport et le fret aérien devraient pâtir de la fermeture de l’espace aérien russe aux compagnies européennes. On estime que cette fermeture pourrait augmenter de 25 à 50% les coûts des compagnies aériennes européennes pour desservir de nombreuses destinations asiatiques. Les conséquences pourraient même être des perturbations dans les flux de fret aérien entre l’Europe et l’Asie. Finnair est la plus exposée (la majeure partie de son activité est la connectivité entre l’Europe et l’Asie au-dessus du territoire russe), suivie de Lufthansa, AF-KLM et, dans une moindre mesure, IAG.

QUELS SONT LES SECTEURS LES MOINS EXPOSES ?

Les producteurs d’énergie, les services publics, les ressources de base, le transport maritime sont susceptibles d’être les moins impactés par la crise.

  • La plupart des valeurs pétrolières cotent actuellement à un niveau correspondant à un prix du pétrole de 60 à 75 USD, et ont une valorisation attractive : l’indice Europe Stoxx Energie se négocie à un P/E 2022E proche de 11x, contre 14x pour le Stoxx 600, l’accent mis par les entreprises sur les rachats d’actions et les dividendes augmente le rendement pour les investisseurs.
  • Les investisseurs vont réévaluer l’intérêt des énergies renouvelables, le besoin d’indépendance énergétique devenant stratégique. Les producteurs d’énergie classique vont également devoir répondre au besoin en énergie de l’Europe suite à la baisse, voire potentiellement disparition, des livraisons russes. Même l’Allemagne réfléchit à repousser la sortie prévue du nucléaire, montrant le besoin impérieux de production énergétique en Europe.
  • La Russie détient des parts de marché élevées dans le secteur des matières premières : la Russie produit par exemple 14% du platine et 43% du palladium mondial. Des sociétés européennes, asiatiques et américaines d’aluminium et d’acier pourraient bénéficier d’une hausse des cours de vente. La Russie est également un producteur très important d’engrais. Elle représente 79 % des importations d’engrais chimiques de l’UE et a restreint ses exportations de phosphate et d’azote. Des entreprises américaines et asiatiques pourraient remplacer une partie des exportations russes.
  • Le transport de marchandises par voie maritime devrait aussi être moins impacté : les importations de gaz naturel liquéfié de l’Europe devraient augmenter, de même que les importations de charbon et d’autres minerais en remplacement des livraisons russes.

Next Finance 7 mars

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