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De la fragilité du marché du travail

Bien que l’inflation et les craintes qui la concernent soient importantes dans le débat portant sur l’évolution des taux à long terme, d’autres facteurs méritent l’attention. L’analyse de Peter de Coensel, CIO Fixed Income chez DPAM...

Bien que l’inflation et les craintes qui la concernent soient importantes dans le débat portant sur l’évolution des taux à long terme, d’autres facteurs méritent l’attention. C’est le cas de la situation sur le marché du travail dans la zone euro, car la forme que prendra le retour de ce marché à un fonctionnement plus normal influencera à la fois l’action des banques centrales en matière de fixation des taux, les conditions de financement offertes par les banques ainsi que la durée et l’envergure des achats d’actifs. Les données actuelles montrent que le parcours vers la restauration de l’emploi sera parsemé d’obstacles. Et ce qui est valable pour la zone euro le sera également pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni, dont les cheminements devraient être encore plus difficiles.

L’impact de la pandémie sur le chômage dans la zone euro donne une image faussement positive. Le taux de chômage est passé de 7,2 % en février 2020 à 8,7 % en juillet 2020, puis il est remonté aux alentours de 8,3% au 4e trimestre 2020. Ce taux s’était établi à 10% juste après la crise financière de 2008-2009. Puis il a grimpé à 12% en 2011-2012 à la suite de la crise de la dette européenne. Il a ensuite connu une amélioration spectaculaire entre 2013 et 2019, revenant à 7,2% fin 2019. Au cours de ces sept années fastes, le nombre d’actifs a augmenté d’environ 9 millions.

Cependant, la pandémie a divisé cette hausse par deux, le nombre total d’actifs reculant de 5 millions. Le taux de chômage qui s’élevait à 8,7% à la fin du 2e trimestre 2020 a vu sa progression ralentir grâce aux programmes de maintien en emploi mis en place par les gouvernements, que ce soit sous la forme de chômage partiel ou de licenciement temporaire. Au 3e trimestre 2020, le nombre d’actifs a fortement progressé, mais il reste très en deçà de son niveau de fin 2019.

En avril 2020, les programmes de maintien en l’emploi, pour l’essentiel du chômage partiel, touchaient 15 % de la population active en Allemagne, 35 % en France, 30 % en Italie et 21 % en l’Espagne. Ces proportions ont diminué au 3e trimestre, mais elles devraient revenir vers leurs niveaux antérieurs de la multiplication des mesures de confinement ces dernières semaines. A relever qu’au lendemain de la crise financière, cette proportion n’a jamais dépassé le seuil de 3,2 % !

Ces mesures de maintien en emploi contribuent à la stabilisation du chômage à court terme, mais elles devraient être conçues de manière à limiter leurs effets indésirables. Si d’un côté, elles réduisent les besoins des entreprises en liquidités et elles leur permettent de reprendre leur activité dès la levée des confinements, les contrats de travail restant inchangés. De l’autre côté, elles réduisent l’efficacité du marché, car elles subventionnent des emplois qui ne seraient de toute manière pas perdus et elles créent des distorsions en participant au financement d’emplois qui ne sont pas viables. Utilisées sur une trop longue période, ces mesures sont susceptibles de peser sur l’efficience économique à long terme, car elles entravent les restructurations nécessaires.

Les indicateurs concernant l’embauche et les offres d’emploi restent également déprimés et ceci est de mauvais augure pour les jeunes qui entrent sur le marché du travail. Par ailleurs, la numérisation de l’économie ayant connu un bond en avant spectaculaire l’année passée, il convient de s’interroger sur l’avenir des travailleurs temporaires et du personnel peu qualifié.

La BCE invite à la prudence dans l’interprétation des statistiques officielles concernant le marché du travail. Les programmes de maintien en emploi ont certes permis de contenir la hausse du chômage ou d’éviter une baisse plus marquée de l’emploi, mais comme l’affirme la banque centrale : "on ignore encore combien de travailleurs réussiront à revenir à leurs horaires de travail habituels et combien d’entre eux risquent de perdre leur emploi... la forte baisse du taux d’activité amène à penser que sous-emploi est bien plus important que ne le suggère le taux de chômage.

La crise va probablement avoir pour conséquence un accroissement des réallocations d’emplois et plus la pandémie se prolongera, plus ce dernier sera important". La hausse du chômage structurel pourrait alors devenir notre pire cauchemar, car l’aggravation du décalage entre compétences et besoins et la dispersion géographique du chômage entraîneront une augmentation de la durée moyenne du chômage. Par conséquent, même si les campagnes de vaccination se déroulent bien et que les mesures de confinement sont abrogées au 3e trimestre, le taux de chômage pourrait reprendre le chemin de la hausse lorsque les gouvernements et l’UE, par le biais de son programme SURE, réduiront leur soutien au marché du travail. La zone euro pourrait alors connaître une deuxième vague de chômage fin 2021 et courant 2022, il convient d’entre être bien conscient.

Tous les marchés du travail ont été profondément affectés par la pandémie et leurs indicateurs sont en retard par rapport à leurs homologues portant sur l’économie. Ils méritent une attention particulière durant cette phase de reprise, car la pandémie pourrait avoir révélé des problèmes plus importants et plus structurels que ceux anticipés par le consensus.

Le décalage entre compétences et besoins, la réduction des programmes de soutien public et les mesures de contrôle des coûts dans les entreprises pourraient conduire à des choix difficiles et à un mécontentement accru du public. La « convalescence » du marché du travail doit donc être l’une des principales priorités de la coopération entre autorités monétaires et budgétaires, car elle sera longue voire, très longue.

27 janvier

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