Next Finance English Flag Drapeau Francais
Emploi Formation Rechercher

Du plus haut au plus bas

En dehors de la perte sèche de capital imputable à une faillite ou une confiscation, le risque d’un investissement se mesure généralement à l’aune de la volatilité (calculée à partir des écarts-types des rendements sur une période donnée). Plus cette volatilité est forte, plus le risque est considéré comme important et les performances attendues élevées.

En dehors de la perte sèche de capital imputable à une faillite ou une confiscation, le risque d’un investissement se mesure généralement à l’aune de la volatilité (calculée à partir des écarts-types des rendements sur une période donnée). Plus cette volatilité est forte, plus le risque est considéré comme important et les performances attendues élevées. Cependant en se limitant à cette seule variable, l’investisseur court le risque de se limiter à une vision « tunnelisée » des marchés. Or, lorsque ces derniers se trouvent confrontés à de nombreuses incertitudes, qu’elles soient d’ordre géopolitique, sanitaire, monétaire et fiscal ou qu’elles soient liées à un déséquilibre de l’offre et de la demande, il peut s’avérer utile de prendre du champ et d’intégrer dans le calcul global du risque un autre indicateur tel que la perte maximale (cette perte correspond à la perte maximale qu’aurait subie un investisseur s’il avait acheté au plus haut et revendu au plus bas durant une période déterminée).

Imaginons qu’un investisseur ait procédé à un achat massif d’actions au 4e trimestre 2021, s’il devait vendre aujourd’hui, il se trouverait dans une situation correspondant à un scénario du pire et ses pertes seraient élevées. Répétons-le une fois encore, il faut avoir le courage de se plonger dans le passé et de se confronter à des pertes maximales qui sont bien supérieures à celles que la correction actuelle a engendrées.

Pour ce qui est des actions, le marché est qualifié de baissier lorsque l’écart entre le plus haut et le plus bas dépasse 20%. Selon cette définition, le Dow Jones a connu 33 marchés baissiers depuis 1900. L’un des plus marquants de ces dernières années s’est produit entre octobre 2007 et mars 2009, période durant laquelle la perte maximale du Dow Jones a été de 54%.

Il n’existe pas de définition standard des marchés baissiers dans le domaine des obligations. Cependant, si l’on observe l’indice iShares des bons du Trésor américain à 20 ans et plus, il a atteint son plus haut le 4 août 2020 et son plus bas le 6 mai 2022, subissant un ajustement brutal qui l’a fait reculer de 33,75%. L’indice iShares US IG Corporate Bonds (5-10 ans) a quant à lui enregistré une perte maximale de 16,60% sur la période qui s’étend de la fin 2020 au 6 mai 2022.

Lorsqu’on investit durant les périodes de stress, la connaissance de l’historique des marchés concernés peut s’avérer utile, ne serait-ce que pour tenter d’éviter de céder à la panique ou de prendre des décisions basées sur des arguments subjectifs. Depuis la Seconde Guerre mondiale, si l’on prend pour exemple les grandes capitalisations américaines, les pertes maximales se sont situées dans une fourchette allant de 54% à 22%, la moyenne étant d’environ 34%. Quant aux délais de recouvrement, ils ont fluctué entre 16 mois (depuis le plus haut de 1961) et 74 mois (depuis le plus haut de 2000), la moyenne se situant à 39 mois environ.

Les marchés obligataires connaissent actuellement les plus grandes baisses maximales jamais observées, puisqu’il faut remonter à 1980 pour trouver des ajustements d’une telle ampleur. Cependant, la principale différence entre ces deux périodes concerne les délais de recouvrement qui devraient être plus longs aujourd’hui. En effet, si l’on part sur la base de taux américains à 30 ans qui se situaient à environ 1,20% en août 2020 et qui se trouvent actuellement à 3,07%, l’écart entre plus haut et plus bas est probablement supérieur à 33%. Fort heureusement, grâce à la diversification entre les différents secteurs obligataires et les durations, la performance moyenne des investisseurs devrait être un peu moins décevante.

La baisse de 15% d’un fonds obligataire investi en titres d’entreprises américaines de qualité implique un délai de recouvrement de l’ordre de 2,75 années, pour autant que le plus bas ait effectivement été touché début mai (le rendement attendu des obligations de ce secteur ayant progressé pour atteindre 5,36%).

Pour ce qui concerne les emprunts d’Etat de l’UEM, l’écart entre plus haut et plus bas, touchés respectivement le 11 décembre 2020 et le 6 mai 2022, est de 13,6%. Il s’inscrit à 11% pour les obligations d’entreprises « investment grade » de l’UE (extrêmes touchés le 5 août 2021 et le 6 mai). Ces deux segments ont vu leurs rendements attendus (essentiellement portage et rendement découlant de l’ajustement) augmenter sensiblement pour atteindre respectivement 2,37 % et 3,13 %. Par conséquent, si le marché a effectivement atteint le creux de la vague, condition qui est assortie d’un grand point d’interrogation, alors les délais de recouvrement pour ces deux segments obligataires se situent aux alentours de 6 et 3,5 ans respectivement. De fait, une gestion active qui permet de dégager des gains de portage plus élevés (corrigés de la volatilité des titres) pourrait fortement réduire ces délais de recouvrement.

En revanche, que se passera-t-il si nous entrons effectivement dans une ère inflationniste, laquelle aurait un impact sur les rendements attendus ? Qu’arrivera-t-il si les primes de risque augmentent encore et que les plus bas n’ont pas encore été atteints tant sur le marché des actions que sur celui des obligations ? Dans un tel cas de figure, il conviendrait alors de se tourner vers des actifs susceptibles de protéger les portefeuilles. En effet, si les corrélations entre les marchés des actions et des obligations deviennent positives, la diversification apportée par ces classes d’actifs se réduit fortement et la plupart des portefeuilles équilibrés en pâtissent.

Pour protéger le capital, les obligations indexées sur l’inflation à échéances courtes et moyennes paraissent intéressantes. Par ailleurs, outre les bons du Trésor américain à échéance courte, les emprunts d’État chinois à échéance courte et libellés en monnaie locale (Renminbi) offrent une bonne protection. Les devises, souvent négligées, peuvent également s’avérer stabilisatrices, non pas lorsqu’elles sont utilisées dans le seul but d’améliorer la diversification d’un portefeuille, mais lorsqu’elles sont envisagées comme un investissement à long terme centré sur des monnaies très sous-évaluées du point de vue de leurs taux de change pondérés en fonction des échanges commerciaux. Le yen japonais et le renminbi chinois entrent dans une configuration de ce type.

A l’heure actuelle, le dollar américain s’apprécie fortement, porté par une incertitude et des hausses de taux qui sont source de grandes inquiétudes pour les emprunteurs en dollars, qu’ils soient déjà endettés ou non. Lorsque ces phénomènes perdront de leur vigueur dans les années à venir, il faudra s’attendre à des accès de faiblesse du billet vert. En effet, la stabilisation des écarts de rendement et le taux de change à long terme du dollar pondéré en fonction des échanges commerciaux pointent en direction d’une surévaluation actuelle de cette devise…

En dépit de la faiblesse du renminbi ces deux derniers mois, les autorités monétaires chinoises vont s’efforcer d’assurer sa prévisibilité et sa stabilité afin de ne pas le pénaliser dans sa course au statut de monnaie de réserve. Le yen pourrait également connaître un regain d’intérêt de la part des investisseurs si la Banque du Japon se voit contrainte de modifier son approche et de relâcher sa politique de contrôle de la courbe des taux. Les portefeuilles qui prendraient les positions en devises présentées ci-dessus n’augmenteraient guère leur duration. En revanche, ils accroîtraient de plus en plus leur potentiel de résilience.

De ce point de vue, le recours à l’or pourrait également s’avérer constructif, le métal jaune étant l’actif à long terme par excellence. L’or ne devrait pas être évalué sur la base de ses légers mouvements de correction à court terme, mais sur celle de la robustesse de sa performance relative par rapport aux taux d’intérêt américains et aux autres actifs risqués. Ainsi, en dépit de sa faiblesse actuelle temporaire, le métal jaune brille de tous ses feux en valeur relative.

Tout ce discours pourrait inciter au pessimisme, un sentiment auquel il convient de résister. Le but de cette brève réflexion est de confronter le lecteur à la réalité ainsi qu’aux évolutions possibles qui découlent de l’examen de l’historique des marchés. Comprendre une classe d’actifs passe par la connaissance de ses pertes maximales et de ses délais de recouvrement. Ce n’est qu’à cette condition que l’investisseur averti aura une chance d’obtenir une augmentation réelle de son capital sur le long terme.

Peter de Coensel 23 mai

Tags


Partager

Facebook Facebook Twitter Twitter Viadeo Viadeo LinkedIn LinkedIn

Commentaire
Publicité
Dans la même rubrique
Rubriques