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Dirty Banking

Dans sa dernière étude Banking on Climate Chaos 2021, l’organisation environnementale américaine Rainforest Action Network a analysé le financement des projets fossiles par les 60 plus grandes banques commerciales et d’investissement. L’analyse d’Augustin Vincent, Responsable de la Recherche ESG chez Mandarine...

En 2020, les grandes banques ont, en cumulé à travers le monde, des expositions aux projets fossiles (prêts et autres souscriptions) supérieures à celles de 2016. Ce constat est d’autant plus troublant que 2020 a été une année en berne pour l’industrie fossile. En effet, la crise sanitaire a provoqué la plus forte réduction de demande de produits fossiles de l’histoire. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), les émissions de CO2 ont chuté de 7% en 2020 par rapport à 2019.

Sur le plan des engagements des banques entre 2016 et 2020, le montant en cumulé des financements aux sources d’énergies fossiles a été de 3,8 trillions de dollars, si bien qu’en 2020 les niveaux de financement étaient supérieurs à ceux de 2016, juste après l’adoption des Accords de Paris.

Financement aux énergies fossiles à l’échelle mondiale 2016-2020 (milliards $USD)

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Source : Rainforest Action Network

Financement aux énergies fossiles 2016-2020 (trillions $USD)

La tendance observée depuis les Accords de Paris en 2015 n’est donc pas celle escomptée. Pour aller dans la bonne direction, il est nécessaire pour les banques de définir des politiques de financement qui permettent de flécher les capitaux vers des activités plus vertes, tout en abaissant progressivement les expositions aux activités fossiles.

JP Morgan ressort comme le premier banquier exposé aux fossiles, malgré une baisse forte en 2020 : 317 milliards de dollars cumulés sur 5 ans dont 51 milliards en 2020. Citi est la deuxième banque la plus exposée.

Financement aux énergies fossiles 2016-2020 (milliards $USD)Financement aux énergies fossiles 2016-2020 (milliards $USD)

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Source : Rainforest Action Network

En France, BNP Paribas, très engagé dans la décarbonation de ses actifs, ressort comme le quatrième plus mauvais élève en 2020, avec 41 milliards de dollars de financements l’an dernier, soit +41% en 1 an et un niveau 141% plus élevé qu’en 2016. BNP Paribas reste très engagé auprès de BP (12,7 mds$), Shell (USD 4,2mds $), Total (USD 3,7 mds$), Saudi Aramco (USD 1,8 mds$). Ses concurrents français ont aussi affiché des financements fossiles en hausses sensibles en 2020 : Crédit Agricole (+7,8 mds$, +66%), SG (+ 4,4 mds$ en 2020, +30%).

Enfin, l’analyse des politiques sectorielles des banques vis-à-vis d’une sortie ou d’une limitation des financements aux sources d’énergies fossiles révèle qu’Unicredit ressort comme ayant la politique la plus adéquate, même si, en soi, son score absolu n’est pas très élevé. Les banques françaises ressortent en haut du classement. Ce constat qualitatif ne fait que souligner le manque d’ambition de l’ensemble du secteur vis-à-vis des énergies fossiles.

La dichotomie entre rhétorique et réalité est frappante pour un secteur qui a pourtant un rôle prépondérant dans l’allocation des capitaux vers une économie décarbonée. On voit régulièrement des annonces de la part d’acteurs tels que JP Morgan, Citi et Bank of America soutenir les Accords de Paris, alors que ce sont aussi ceux qui ont le plus augmenté leurs expositions aux projets fossiles depuis 5 ans.

Souvent assimilés avec les banques au sein du secteur financier, les actionnaires ont un rôle à jouer dans l’accompagnement et la sortie du financement des banques dans les projets fossiles, que ce soit par le vote aux AG et le dialogue actionnarial. Ils doivent montrer l’exemple en se dotant de politiques et d’objectifs volontaristes en termes de sortie vis-à-vis des énergies fossiles.

Augustin Vincent 29 juin

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